Deux semaines à travers la Suisse en vélo avec une station HF bricolée

Chaque été, ma copine et moi avons l’habitude de partir en vélo, c’est donc tout naturellement qu’en tant que nouvellement licencié (j’ai passé l’examen l’année dernière, après quelques mois de cours donnés par l’adri38) j’ai eu envie d’ajouter de la radio aux vacances. Ce n’est pas mon premier essai, pendant les vacances de Pâques 2017, nous étions partis pendant quelque 6 jours à vélo dans le Vercors et la Drôme avec ma station HF bricolée qui n’a d’ailleurs pas survécu. Vous pouvez lire l’article ici.

Cet été 2017, nous souhaitons partir pour un peu plus longtemps : deux semaines. Cela nous laissera le temps d’aller un peu plus loin. Nous choisissons comme itinéraire de faire très approximativement le tour de la Suisse dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en partant de Haute-Savoie. Le but est d’atteindre le lac de Constance, et de revenir par un autre chemin.

Le fait de partir 2 semaines nécessite de mieux préparer les affaires à emporter, même si comme d’habitude je m’y prends au dernier moment pour bricoler le matériel radio. Il faudra être totalement autonome en énergie, ce qui me pousse à revoir tout mon système d’alimentation actuel, vers quelque chose de simple, efficace et léger.

Voici les différents éléments que je fabrique pour l’occasion :

  • Les panneaux solaires sur mon porte-bagages.

    3 panneaux solaires de 10*15cm assemblés en parallèle, permettant au total de produire 1.5 A en 6V en plein soleil, avec cordelettes pour fixer au vélo.

    Chargeur de 3 éléments lithium ion et (commutable) buck boost pour faire du 5V, sortie sur deux prises USB.

  • Un chargeur équilibreur de batteries li-ions, utilisant des puces TP5000 qui permettent d’avoir un MPTT du pauvre en les utilisant en parallèle pour charger chaque cellule, et ainsi éviter d’avoir une tension de 12v pour charger la batterie. Cela a aussi pour avantage d’être bien plus résilient, car si un système de charge tombe en panne, les autres fonctionneront quand même. J’ai aussi choisi cette puce, car elle est très basique, très peu chère, elle ne comporte pas de sécurité, ce qui est un avantage quand on souhaite que la charge continue plus lentement et puisse reprendre en cas d’illumination des panneaux solaires changeante (par exemple quand on roule sous des arbres). Acheté ici : 1€
  • Un convertisseur buck-boost pour faire du 5v avec une tension entre 1v et 30v, ce qui va permettre d’utiliser en direct les panneaux solaires pour charger par exemple un téléphone portable, ainsi que le petit ordinateur que j’emporte pour pouvoir utiliser les modes numériques. Acheté ici pour 80 centimes.
  • Un module GPS rendu « waterproff et shookprooff »de façon à obtenir facilement le locator du lieu ainsi qu’une base de temps pour synchroniser l’ordinateur et ainsi pouvoir faire des modes comme le JT65 où la fenêtre d’émission a un timing précis (à ce moment-là, le FT8 n’existe pas encore). J’ai simplement pris un module GPS chinois GTOP13 sur lequel j’ai soudé un condensateur sur la tension de backup (pratique de ne pas avoir à faire un cold start pour les débranchements rapides). Ce module supporte les constellations GPS et Glonas, et comporte une antenne intégrée pour un coût dérisoire. Je trouve sa sensibilité très bonne, j’ai un fix rapidement même à l’intérieur de la maison. Il est aussi muni d’une sortie PPS (référence temporelle) qui sera utile dans de futurs bricolages.

    Chargeur Baofeng depuis 3 éléments li-ion, step down intégré (10v).

  • Un bloc de 3 piles lithium avec d’une part un connecteur jack, et aussi un convertisseur DC-DC pour faire du 10V pour pouvoir charger le pocket UHF/VHF GT3-TP. L’autre jack me permet d’alimenter le convertisseur buck-boost de la boite bleue, et ainsi charger téléphone/ordinateur depuis la batterie de 3 éléments.

On verra bien si cela fonctionne, car je n’ai pas vraiment le temps de tester ces éléments nouvellement fabriqués. Bien sûr je prends des précautions sur la solidité en collant un maximum de chose à la colle chaude, en espérant éviter des pannes dues aux vibrations.

Vox de David F4HTQ

Pour la radio, elle est toujours basée sur un kit bitx, qui a pas mal été modifié, notamment j’y ai désactivé le BFO analogique et utilisé une sortie supplémentaire du DDS pour le remplacer (cela permet de facilement basculer entre USB et LSB), j’y ai aussi intégré une carte son (achetée ici pour 70 centimes) et un VOX (voir schéma). J’ai fabriqué des filtres passe-bande pour lui permettre d’utiliser d’autre bande de fréquence que les 40m (7Mhz). J’ai aussi fabriqué le filtre passe-bas correspondant en sortie du PA. Je teste dans un champ à côté de chez moi, et cela fonctionne. Cependant, la manière de connecter les filtres ajoute un sacré point faible à ma station. Si cela casse, je serai vraiment coincé. Et comme je n’ai pas beaucoup de temps pour améliorer la chose, je décide d’enlever les filtres pour me concentrer sur les 40m (7mhz), car ce coup-ci j’aimerais bien que ma station soit fonctionnelle plus que 4 jours !
Surtout que nous serons amenés à rouler plus souvent sur des sentiers et chemins, ce qui est d’autant plus risqué pour toute carte électronique avec des parties « volantes ».

Cela permet d’avoir une liste des relais les plus proches avec la distance et l’orientation. Si on en sélectionne un, la fréquence et le code CCTS s’affichent.

Pour la partie UHF/VHF, cette fois j’ai décidé d’emporter mon pocket baofeng (3GTP), pour essayer de déclencher des relais, et pouvoir faire de l’activité radio tout en roulant, de temps en temps. Car c’est très pratique de pouvoir le coincer sur le support du rétroviseur du vélo.

Pour avoir la liste des relais de manière pratique, j’ai téléchargé ici un fichier KML sur lequel il y a la position du relais et en commentaire les fréquence et tonalité CCTS. Ce qui fait qu’avec le GPS de randonnée (compatible OpenStreetMap) je peux facilement voir quels sont les relais les plus proches et pouvoir régler le pocket pour. Et bien sûr tout en roulant (je peux aussi alimenter le GPS avec mon bloc de 3 éléments en le branchant sur le convertisseur 5v).
Étant donné que je n’ai jamais essayé, je ne sais pas du tout si cela va être utilisable pendant le trajet. Vous pouvez aussi télécharger la liste des relais du monde entier ici (avec tri par pays).

Voici un récapitulatif des bagages :

Partie radio :
– émetteur/récepteur 40m (7 MHz)
– canne à pêche
– 6 cellules lithium en taille 18650 achetées ici pour 18€
– un dipôle pour le 40m en fil de HP
– 5m de coax RG58
– un module GPS
– un ordinateur Chrome Book (ARM) sous Archlinux
– des sardines et ficelles
– un pocket UHF/VHF 7W GT-3TP
– des panneaux solaires
– un chargeur de batteries
– un convertisseur de tension
– un boîtier pour faire du 12v avec 3 éléments
– un petit GPS de randonnée avec une version récente d’open street map flashée dessus ainsi que la liste des relais radioamateurs importées.

Le reste :
– une petite tente légère (avec intérieur fait maison en moustiquaire)
– un duvet chacun
– un réchaud (à bois) + bout de tôle offset pour le vent
– 3 bouteilles d’eau (pour se laver, boire, cuisiner)
– des outils de vélo
– du savon (diy), de l’huile, du sel du dentifrice, des éponges pour se sécher.
– une clarinette en si b et quelques partitions (à Prunelle)
– une tenue de rechange chacun
– une polaire et un imperméable chacun
– un appareil photo

Une fois tout cela mis dans les sacoches, il reste de la place pour les achats de nourriture et le fait que ça ne sera sûrement plus vraiment bien rangé avec le temps.
Cela nous fait porter chacun 8Kg de bagages, ainsi que pour moi 4Kg d’affaires de radio supplémentaire (cela comprend l’ordinateur ainsi que tous les systèmes d’alimentation électrique que j’ai fabriqués, l’antenne, la canne à pêche). À cela s’ajoute l’eau ; même si en Suisse, on trouve des fontaines partout grâce au relief, l’eau est souvent trop froide pour se laver avec. Nous emportons donc 3 bouteilles de soda en plastique pour les remplir d’eau. Ce qui nous fait 4L.

Nous partons depuis la Haute Savoie. Une fois arrivé en Suisse, nous traversons Genève puis nous continuons dans la direction de Lausanne. Un peu avant d’arriver dans la ville nous bivouaquons dans un champ à coté de la route. Il y a beaucoup de vent, monter une antenne n’est pas envisageable.
Le lendemain, nous traversons Lausanne puis nous nous dirigeons vers Veuvey pour accéder à Bulle où la montée sérieuse commence, et ça ne sera que le début. Un peu plus tard nous traversons la ville de Gruyère, c’est d’ici que vient le fromage bien connu. Nous poursuivons sur des petites routes de montagne à la recherche d’un coin pour bivouaquer. L’endroit est bien et il n’y a pas de vent, mais je suis trop fatigué et préfère dormir que de faire de la radio.
Le lendemain, nous traversons plusieurs stations de ski, mais aussi des aérodromes (on se retrouve d’ailleurs à traverser la piste principale à vélo). Nous décidons de faire un petit détour par Gstaad, une ville-station de ski pour une clientèle de luxe. C’est d’ailleurs ici qu’habitait Johnny Hallyday.
Nous quittons Gstaad pour nous diriger vers le lac de Thune, après une belle montée et une belle descente dans laquelle nous sommes obligés de faire une pause pour faire refroidir les freins.
Tardivement, nous trouvons un endroit où bivouaquer en bordure d’un champ de maïs. Encore une fois, avec le relief, la seule envie une fois arrêtés et de se coucher. La radio, ça sera pour plus tard !

Nous reprenons notre trajet en contournant le lac de Thune pour traverser Interlaken. J’allume le GPS pour vérifier le chemin, et je remarque que sur la carte au milieu d’Interlaken apparaît un point sur mon GPS, c’est un relai UHF, que j’arrive à le déclencher, mais personne ne me répond.
Ensuite, nous empruntons un sentier dans la falaise du bord de lac, puis arrivons à la station de ski de Meiringen. Il est assez tôt, ce qui va nous laisser le temps de trouver un coin tranquille pour nous laver, et pour faire de la radio ! J’en profite aussi pour mettre à charger l’appareil photo avec les panneaux solaires dans les derniers rayons du soleil.

Transceiver, chromebook, gps.

Recharge de l’appareil photo en direct des panneaux avec le buck boost.

Après avoir installé ma station HF et déployé l’antenne, je mets sous tension timidement le TX, en me préparant à couper le jus rapidement s’il se passe quelque chose de bizarre. Je scrute la bande. Il y a pas mal d’activité. La zone PSK est assez active. Je branche le module GPS pour obtenir le locator de l’endroit où je suis, et aussi obtenir une synchronisation de l’horloge, tout fonctionne du premier coup. Ensuite, je repère un Russe en PSK, je réponds à son appel, quelques interminables secondes plus tard mon indicatif apparaît à l’écran ! Youpi ça marche encore 😀 Je poursuis et fait quelques QSO. En expliquant notre trajet, les interlocuteurs me disent quelques mots gentils, c’est très agréable que ça ne soit pas juste une discussion de macro. Prunelle en profite aussi pour émettre sur la bande des 681Km (ondes acoustiques) avec sa clarinette 😉
Ensuite vient le moment de faire à manger, le temps de chercher du bois et de faire du feu, je fais du JT65, car cela me laisse le temps de courir dans la forêt chercher quelques branches.
C’est dommage, la limite de 13 caractères pour le JT65 ne me permet pas d’indiquer mon indicatif correctement, avec le HB9/F4HVX/P.
La cuisson des lentilles au feu de bois me laisse le temps de faire quelques QSO supplémentaires.
Les contacts se font majoritairement avec l’Europe de l’Est, la Russie, l’Allemagne.
Quelques cartes QSL sympathiques reçues suite à ces contacts en JN46cr :

Ensuite, nous montons la tente sur de l’herbe bien plate et moelleuse, le luxe quoi.

Le lendemain, nous passons le col de Broning, puis nous croisons plusieurs petits lacs, jusqu’à arriver au lac de Lucerne que nous contournons en direction de Zoug et de son lac.
Nous poursuivons en direction du lac d’Aegeri qui est situé sur un plateau. La nuit va bientôt tomber. Nous bivouaquons sur les hauteurs à proximité du lac. C’est pas encore cette soirée que je vais pouvoir faire de la radio, je préfère dormir.

La station HB9/F4HVX/P au Liechtenstein

Le lendemain, nous partons pour le lac de Sihl, il y a encore de belles montées et descentes sur des petits chemins. Nous descendons jusqu’au lac de Zurich, après une descente mémorable par une voie rapide très raide, nous traversons le lac. Mon GPS me signale qu’il y a plusieurs relais à proximité. J’en entends un de temps en temps qui donne son indicatif, et tout à coup, j’entends un appel CQ CQ : surprise c’est un américain, qui visiblement utilise une passerelle echolink ! J’essaie de répondre, mais cela ne fonctionne pas, je n’arrive même pas à déclencher le relais.
Je me rends compte que lors de l’import du fichier des relais dans le GPS le champ commentaire dans lequel il y avait les modalités d’activation du relais (totalité CTS …) est tronqué, et du coup je n’ai pas la valeur du CCTS … voilà qui compromet la partie

Gros échec, c’est tronqué …

UHF/VHF …
Nous continuons en direction du lac de Walenstadt, mais comme il se fait tard, nous installons la tente dans un parc à côté des voies de chemin de fer, à quelques centaines de mètres du lac.

Le lendemain nous rejoignons les rives du Rhin, nous sommes assez proches de ses sources. Il n’est pas très gros, l’eau est belle. Nous décidons de faire un détour par le Lichtencthein, et peut-être visiter sa capitale Vaduz. Une fois la frontière franchie, nous découvrons qu’en fait la capitale est un petit village sans prétention. J’en profite donc pour faire de la radio depuis le Lichtenchtein sur la rive du Rhin. Grâce aux questions piège de Loïc pendant les cours, je me souviens de l’indicatif du Lichtenchtein, HB0 ! Il est proche de midi, la propagation est locale, les bandes sont calmes, mis à part un signal assez étrange qui ondule et mord sur la zone du JT65. Je tente quelques contacts, mais aucun n’aboutit. Nous repartons en direction du lac de Constance qui ne doit plus être très loin maintenant. Le ciel s’assombrit, un orage se prépare. Au loin, il commence à y avoir des éclairs. Aux premières gouttes, nous croisons un abri, et nous repérerons un champ à côté pour monter la tente plus tard.
Si seulement j’avais eu un bout de fil et une boite de couplage, j’aurais pu faire de la radio dans l’abri en attendant que la pluie cesse. La nuit je mets le pocket UHF/VHF à charger depuis la batterie de 3 éléments, cela fonctionne bien.

Le lendemain nous arrivons au lac de Constance. Nous essayons de trouver une plage, mais elles sont toutes payantes et très peuplées.

Nous commençons le retour, en direction de Winterthur, Baden, Arrau.
Un peu avant Arrau, nous trouvons assez tôt un endroit pour bivouaquer, du coup je prends le temps de faire de la radio sur le bord de la route, jusqu’au moment où l’orage nécessite de tout ranger rapidement. Encore une fois, les pays de l’Europe de l’est sont très présents.
Voici quelques cartes QSL reçues suite aux contacts effectués en JN47bk :

Unicode

 

À partir de maintenant, chaque soir nous avons droit à un orage, il faut donc trouver un abri pour manger et cuisiner. Le mieux c’est le pont ferroviaire. Sauf que cela oblige à bivouaquer bercé au rythme des convois de fret qui comblent le silence de la nuit (bien sûr, le mieux étant de trouver un virage sur une voie double, c’est encore plus mélodieux).

Au détour d’un barrage hydroélectrique, nous reconnaissons un endroit ou nous avions bivouaqué en 2012 quand nous sommes allés à Linz en Autriche depuis la Haute Savoie. Nous suivons le même chemin, mais dans l’autre sens.
Un soir la pluie commence plus tôt que prévu, après avoir trouvé un abri, je cherche un endroit pour bivouaquer dans les environs, et en traversant des bosquets, je me retrouve dans une reconstitution d’un village de l’âge de pierre, avec des gens en habits d’époque. J’arrive à disparaître sans me faire remarquer, et trouve un coin parfait pour bivouaquer. Nous quittons la rive du lac de Neuchâtel en direction de notre bien connu lac Léman.

Après avoir un peu longé la rive de lac Léman, nous remarquons un sympathique endroit pour mettre la tente, j’installe la station radio à côté d’un club de Golf. Un couple de jeunes Suisses me pose des questions, alors j’explique, je montre, ils ont l’air très intéressés. Peut-être de futurs radioamateurs ?
Ensuite le lendemain, c’est sous une pluie battante que nous traversons la frontière, mais ce n’est pas grave, car nous dormirons au sec ce soir !
Nous avons parcouru un peu plus de 1200Km en deux semaines.

Quelques infos et photos en plus sur MyTrip d’expémag.


Conclusion

– L’activité en VHF/UHF sur les relais n’est pas très grande, du moins en pleine journée, et sans les code CCTS, c’est très limité.
– Il faut prévoir de trafiquer uniquement pendant que l’on roule, car une fois arrêté on a surtout envie de manger et de dormir 🙂
– Le moment où la propagation devient intéressante sur le 40m n’est pas le plus pratique en bivouac, car il faut tout ranger dans le noir.
– Les orages du soir compromettent souvent le créneau radio
– La barrière de la langue est importante, surtout avec du Suisse-Allemand
– L’autonomie énergétique est assez facile à atteindre avec une petite station QRP
– Les panneaux solaires remplissent très bien leur rôle, leur taille est très correcte.
– Il y a beaucoup plus de biscuits au chocolat dans les sacs d’assortiment de biscuits Suisse que dans les Français

La suite après les vacances de Pâques …

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